Mes parents n’étaient pas conteurs. Ils ne me racontaient pas spécialement d’histoires. En revanche, ils parlaient beaucoup. Et bien !

Mon père, natif d’un petit village du Gabon, a suivi l’instruction primaire dans la ville la plus proche, Tchibanga, (qui était aussi la préfecture). De cette instruction il a conservé une pratique soignée du français au point qu’il souffrait d’entendre écorcher sa langue tant aimée ! Il m’aura transmis ce goût du verbe et de la prise de parole.

 

Après le Bac, j’ai entrepris des études d’Histoire à Paris 7 auxquelles j’ai renoncé avant d’entamer une thèse. J’ai alors exercé plusieurs métiers dont ceux de danseuse et bibliothécaire. Ces deux expériences m’ont conduite illico dans les filets du conte !

J’ai commencé presque par hasard ! J’étais alors danseuse. Une mauvaise blessure à la cheville,  lors d’une prestation, m’a immobilisée. C’était en hiver 2001. J’ai passé toute la durée de ma convalescence à lire et écouter des contes. C’est alors que j’ai rencontré la conteuse camerounaise Catherine Ahonkoba. Nous avons parlé contes et conteurs. Sans le savoir, elle a joué un rôle décisif : Je deviendrai conteuse !!!

 

Je me réjouissais de ce nouveau terrain de jeu auquel j’avais accès. Je pouvais y réunir mes passions pour la danse, le théâtre et le mime. Pendant quelques années, j’ai observé une pratique très intuitive, me nourrissant de rencontres fortuites avec des conteurs, cinéastes, danseurs, plasticiens…
Les médiathèques m’ont ouvert grandes leurs portes. Y compris à mes tout débuts ! Je veux d’ailleurs, ici, rendre hommage à tous ces professionnels, devenus de véritables compagnons de route. Leur mobilisation en faveur du conte relève, pour certains, d’une démarche militante !

Je racontais, et raconte encore (!), sur des plateaux de théâtre, lors de festivals, au sein d’écoles et de musées, en appartement, à l’hôpital, dans les jardins et les cages d’escaliers…


Entre 2007 et 2012, j’ai participé aux Ateliers contes initiés par l’excellent Gilles Bizouerne, au conservatoire parisien, Paul Dukas. J’ai alors eu la chance de me former auprès d’intervenants tels que Didier Kowarski, Claire Garigue, Marc Buléon, Annie Kiss, Pépito Matéo, Nathalie Le Boucher… J’y ai côtoyé Hélène Palardy, Albert Sandoz, Cécile de Lagillardaie, Debora Di Gilio et Fabienne Morel (Huile d’olive et Beurre salé), Aurélie Loiseau…

Toutes ces rencontres ont largement inspirées ma parole conteuse. Elles m’ont permises de questionner et d’approfondir mon exploration du geste ; d’accueillir comme une évidence mon besoin de convoquer mes Afriques au cœur de mon répertoire ; de faire de la musique un chemin de narration à part entière.

Je pouvais dès lors multiplier les collaborations, notamment celles mêlant musique et conte. C’est ainsi que sont nés ‘La Danse de la Hyène’ avec le guitariste et percussionniste Serge Tamas ; ‘Le Guerrier d’Ebène’, avec le poly instrumentiste Axel Lecourt ; ‘Le Voyage de M’Toto Lunettes’, avec le chanteur-guitariste-likembiste Patrick Pellé. A eux trois, ces spectacles ont été donné en France, dans les DOM TOM et même en Angola, au cours de quelques 1000 représentations !


Et puis, il y a mon goût prononcé pour le partage et la transmission ; il y a ma conviction que les contes éduquent et aident à grandir ! Cela me conduit à multiplier les stages, ateliers, formations… que je vis comme autant d’occasions de (ré)interroger ma pratique. De la rendre plus « grande », en quelque sorte.

 

Enfin, la langue anglaise est revenue me titiller ces dernières années, au point de me lancer dans une nouvelle aventure : Non seulement ‘La Danse de la Hyène’ a maintenant sa version anglaise, mais mon répertoire en anglais s’est enrichi de contes traditionnels que je n’avais jusqu’ici pas osé raconter. A moi ‘Le Petit Chaperon Rouge », ‘Jack et le haricot magique’, ‘Le Radis’… dans la langue de Shakespeare !!!